J'entends bien qu'il ne s'agit ici que d'une tentative de lecture anarchiste (fort intéressante au demeurant). Toutefois, un certain nombre de points que vous soulevez me semble relever d'une mauvaise compréhension (et donc sans doute d'une explication insuffisante) de l'esprit dans lequel la chose a été conçue.
Bon, déjà pour parler du point le plus saillant à mon sens : vous vous référez constamment à "l'ensemble des membres actifs" (EDMA), c'est-à-dire à ce que je nommerais une démocratie directe de base, y compris dans ce qu'elle peut avoir de pire. Vous n'indiquez pas de quelle façon l'EDMA serait consulté, ni à quelle fréquence (et là je ne vous cache pas que je vous attends au tournant sur le vote électronique). Vous n'indiquez pas non plus qui correspondrait au "A" dans EDMA : j'imagine que vous prenez "membre actif" au sens où l'entendent les statuts, ce qui est pourtant loin d'être justifié stricto sensu.
Les assistants (padawans) sont mon invention. Il s'agit d'un dispositif absolument pas démocratique et parfaitement arbitraire (ce pourquoi j'en suis extrêmement fier) : il n'a pour seule justification que la sympathie, le respect et la confiance qu'un membre élu peut porter à un autre membre, auquel il va ainsi transmettre son savoir, permettre de découvrir peu à peu les rouages du Parti Pirate, et même éventuellement, déléguer sa voix. Le contrat prend fin dès que l'une des deux parties le souhaite : c'est un dispositif parfaitement "liquide" et humain. (D'aucuns crieront au "copinage", je m'en contrefous.) La responsabilité repose entièrement sur le membre titulaire qui a fait ce choix (et peut le reprendre du jour au lendemain), le padawan se substituant à lui avec son accord. Ce système a, à lui seul, _sauvé_ le Parti Pirate plus d'une fois.
La Codec : NON. Ce n'est _pas_ une instance élue (on en a suffisamment comme ça) et c'est _normal_. En France nous n'élisons pas les juges (et je doute que la justice française fonctionne moins bien que dans des pays où les juges sont élus).
Les Porte-Parole responsables devant l'EDMA : bof. Ne mélangeons pas tout, non plus.
La différence de remplacement de postes au C.N./C.A.P. : vous ne tenez pas compte de la spécificité de ces deux instances. Le C.N. est le garant de la représentativité de l'EDMA (précisément) : c'est un conseil plus large, qui se réunit moins fréquemment (c'est, un peu, le Sénat du PP). Alors évidemment ça ne se voit pas parce qu'il n'a _jamais_ fonctionné (à mon avis sa création, que nous devons à rackham, était une erreur et n'avait pour but que de donner des garanties de représentativité démocratique à des membres insatisfaits-chroniques qui de toute façon n'en auront jamais assez). Le C.A.P., en revanche, est en permanence sur le pont : c'est une équipe plus restreinte (le Bureau au sein du C.A.P. est encore plus restreint, mais ce dernier n'existe plus depuis deux ans et depuis que Maxime Rouquet a décidé, là encore pour tenter de donner des gages de transparence, que le Bureau ne se réunirait plus qu'en présence du C.A.P. tout entier). Ses membres _doivent_ absolument être en mesure de s'entendre, de travailler ensemble et d'être un minimum solidaires : c'est un prérequis _essentiel_. Donc OUI, il y a de la cooptation en cas de vacance : là encore c'est moi qui ai introduit cette mesure et j'en suis très fier. Ce sont de telles mesures qui nous rappellent que le Parti Pirate n'est pas SEULEMENT une association "démocratique" classique : c'est aussi et avant tout une communauté en ligne, un mouvement _contributif_ (méritocratique diraient certains, cf le modèle des logiciels Libres) où la _confiance_ est un facteur essentiel, où même le membre le plus récent peut convaincre tous les autres par sa bonne volonté, par la qualité de ses idées et de ses contributions. Alors non, désolé, l'EDMA n'a rien à faire là-dedans : parfois la qualité importe plus que le nombre.
Statut du président, mandats, procurations : tout cela est un reliquat des traditions de la loi 1901. Pas bien méchant.
A.G.E. : je prendrai au sérieux les questions de "passage en force" et "d'ultra-anti-démocratie" le jour où les membres voudront bien passer DEUX putain de SECONDES _sans_ se mettre en tête de réécrire les statuts pour la 676e fois. LÀ on pourra discuter de stabilité, de légitimité ou de tout ce que vous voulez. Pour l'instant nous n'avons pas eu UNE SEULE assemblée ordinaire, tant les membres passent leur vie à crier que rien ne va et qu'il faut absolument réinventer la roue de toute urgence.
Bon, pour tout le reste (les trucs à motiver et expliquer publiquement, tagada) je suis d'accord en principe mais la pratique est _très_ loin de la théorie. Depuis six ans nous avons toujours veillé (en tout cas lorsque j'étais là ^^) à communiquer le _maximum_ d'informations possibles ; cela n'a pas empêché que, sans discontinuer depuis six ans, une frange de membres parmi les plus remuants n'a eu de cesse que d'imaginer un Grand Complot Occulte® de la part des instances quelles qu'elles soient, de crier au Déni De Démocratie® à chaque occasion (ou même lorsqu'il n'y a pas d'occasion, juste parce que) et, de façon générale, de saper d'à peu près toutes les façons possible le travail des masos qui essayent vaguement de mettre de l'ordre dans le chaos. AUCUNE, je dis bien aucune, modification statutaire n'y changera quoi que ce soit. Jamais.
Bien plus, à CHAQUE tentative que nous avons ajoutée pour tenter de calmer les esprits et de montrer par A+B que les gens en place n'étaient pas des tyrans-sanguinaires-illégitimes-assoiffés de pouvoir (et de cervelle de bébés), non seulement les contestations n'ont pas cessées mais elles ont été croissant : parce que le fait pour un dirigeant d'introduire _lui-même_ la possibilité que sa propre légitimité soit remise en question, est immanquablement perçu comme un aveu de faiblesse et le signal de départ pour l'hallali. C'est malheureux à dire et ça en dit long sur le degré de connerie crasse d'un certain nombres de gens au Parti Pirate, mais c'est hélas humain.
Alors en tant qu'anarchiste moi-même, je crois en les relations de confiance, de respect et de sympathie mutuelle, plutôt qu'en l'épreuve de force constante. Malheureusement, pour apprendre à travailler ensemble en toute confiance il faut DU TEMPS. Et le Parti Pirate, fonctionnant au tempo d'Internet (et, plus encore, de l'hystérie médiatique ininterrompue que l'on nomme "actu"), est constamment soumis à une dictature de l'urgence où tout est fait pour nous _empêcher_ de prendre le temps de nous connaître. Ceci est le PREMIER et peut-être le seul objet de ces statuts : essayer, enfin, de stabiliser les choses suffisamment pour qu'on aie UNE chance de s'entendre enfin penser, dans le brouhaha constant. Après de nombreuses années où nous n'avons _jamais_ eu la certitude qu'il y aurait "encore" un Parti Pirate d'ici la semaine prochaine, nous avons GRAND besoin de nous poser un peu, et que notre édifice cesse enfin de ressembler à un poulailler peuplé de poulets sans tête qui courent en tous sens.


